À moins d’un mois des élections municipales de 2026, la place de la voiture et l’organisation des mobilités s’imposent comme l’un des thèmes structurants de la campagne dans les grandes et moyennes villes françaises. Après un mandat notamment marqué par l’essor et le débat autour des Zones à Faibles Émissions (ZFE), la montée en puissance des mobilités actives et la réduction de l’espace dédié à l’automobile, les candidats doivent désormais arbitrer entre plusieurs impératifs : qualité de vie urbaine, transition énergétique, attractivité économique… et réalité des usages. Dans ce contexte, la gestion des flottes automobiles, le stationnement, l’électrification et la logistique urbaine deviennent des sujets centraux pour les collectivités comme pour les entreprises.
La voiture en ville : entre restriction et nécessité d’usage
Depuis plusieurs années, de nombreuses municipalités réduisent la place de l’automobile dans l’espace public. L’exemple le plus frappant est la politique menée par la ville de Paris. Pourtant, les données d’usage montrent que la voiture reste un mode incontournable, notamment pour les déplacements professionnels, la desserte des zones périphériques ou les activités économiques. Une étude menée par l’opérateur de stationnement Yespark avec l’institut Ipsos illustre les tensions actuelles autour du stationnement :
- 67 % des automobilistes estiment qu’il est aujourd’hui plus difficile de se garer en ville qu’auparavant ;
- 66 % considèrent que la recherche d’une place est source de stress ;
- 1/4 des conducteurs déclarent mettre plus de 30 minutes à une heure pour trouver une place dans les zones denses ;
- 51 % disent avoir déjà renoncé à prendre leur voiture par crainte de ne pas pouvoir se garer.
Des chiffres qui montrent que la question du stationnement est bien devenue un enjeu politique majeur dans la perspective des municipales. Mais paradoxalement, une partie des Français se montre également favorable à une évolution des règles d’aménagement urbain :
- 67 % soutiennent l’ouverture au public de parkings privés sous-utilisés ;
- 46 % jugent que les villes devraient limiter davantage le stationnement en voirie ;
- 3/4 voient dans les parkings relais une solution pour réduire la congestion.
Pour les entreprises et leurs flottes automobiles, ces évolutions se traduisent par des contraintes opérationnelles accrues : optimisation des tournées, électrification accélérée, recours aux hubs logistiques ou aux parkings mutualisés.
Les transports collectifs et l’électrification comme leviers stratégiques des collectivités
Dans ce contexte, les débats autour de la mobilité ont gagné en importance lors de la campagne 2026. Dans plusieurs villes, les candidats ont déjà détaillé des propositions concrètes, révélant des lignes de fracture politiques mais aussi des convergences. À Grenoble, par exemple, les projets évoqués tournent sans surprise autour de l’extension des transports publics, du développement des mobilités actives et de la régulation du trafic automobile. L’enjeu est particulièrement sensible dans cette métropole pionnière en matière de ZFE et de politiques cyclables. Même dynamique observée à Metz, où les débats portent sur l’amélioration de l’offre de transport, le rôle du stationnement en centre-ville et la gestion des flux automobiles entrants.
Plus largement, plusieurs axes ressortent des premières propositions recensées dans différentes villes dont les principaux à retenir sont les suivants :
- renforcer les transports collectifs structurants (tramway, réseaux express métropolitains) ;
- accélérer l’électrification des mobilités, notamment via les infrastructures de recharge et le soutien du verdissement des flottes publiques et professionnelles.
- rééquilibrer l’espace public, entre piétons, cyclistes, transports collectifs et automobiles ;
- faciliter l’accès des véhicules électriques aux centres urbains ;
- repenser le stationnement, avec des stratégies de mutualisation et de parkings en ouvrage ou relais ;
- mieux intégrer les périphéries et les territoires moins denses, où la voiture reste souvent indispensable.
Ces orientations devront être regardées localement une fois les nouvelles équipes municipales en place. Elles pourraient, en effet, avoir un impact direct et non négligeable pour les entreprises en remodelant les politiques d’accès aux centres-villes, la fiscalité locale liée au stationnement ou encore les obligations environnementales.
La logistique urbaine, grand sujet émergent de la campagne
Autre thème qui s’impose progressivement dans le débat municipal : la logistique urbaine. Un rapport remis aux pouvoirs publics par France Logistique, présidé par Anne-Marie Idrac, et impliquant notamment l’Union TLF, souligne un paradoxe : la logistique représente environ 10 % du trafic motorisé mais conditionne près de 80 % des flux économiques locaux. Selon ce rapport, la logistique reste encore insuffisamment intégrée dans les politiques urbaines, alors même qu’elle est essentielle pour l’approvisionnement des commerces, le développement du e-commerce, la vitalité des centres-villes et la réindustrialisation des territoires.
Les recommandations adressées aux candidats municipaux incluent notamment de :
- intégrer la logistique dans les documents d’urbanisme,
- adapter les politiques de zéro artificialisation nette (ZAN) aux besoins logistiques,
- harmoniser les règles entre communes d’une même intercommunalité,
- désigner un référent logistique municipal,
- aménager davantage d’espaces dédiés aux livraisons.
Dans les grandes agglomérations comme Strasbourg, ces enjeux deviennent stratégiques, notamment pour gérer la croissance des livraisons urbaines et la transformation du dernier kilomètre. La capitale européenne est d’ailleurs pionnière en matière de combinaison bateau – vélo pour la livraison du centre-ville, opérée par Geodis.
Un équilibre difficile entre transition écologique et réalités économiques
À l’issue des élections municipales 2026, une nouvelle étape dans l’évolution de la place de la voiture en ville pourrait ainsi être franchie. Après une période dominée par des politiques de réduction du trafic, le débat semble évoluer vers une approche plus systémique (mobilité multimodale, électrification des flottes, organisation de la logistique, gestion intelligente du stationnement, articulation centre-ville / périphérie).
Pour les professionnels de la gestion de flotte et les entreprises de mobilité, les décisions prises localement influenceront les conditions d’exploitation, les coûts d’usage des véhicules et les stratégies de transition énergétique. Une chose est certaine : loin de disparaître du paysage urbain, la voiture - notamment professionnelle et électrifiée - restera un élément clé de l’équation des mobilités urbaines. Mais sa place dépendra de plus en plus de sa capacité à s’intégrer dans un système de mobilité global, partagé et décarboné.